À échelle humaine

Caminando-CCOARLa philosophie du Centre Romero trouve son enracinement dans la création d’un modèle d’action synergique basé sur trois des besoins déterminés par Max-Neef dans sa théorie du développement à échelle humaine : la Participation, l’Identité et l’Affection (PIA).  De là partent les lignes stratégiques qui impliquent tous les projets du Centre Romero.  Ce projet est né d’une consultation réalisée auprès des enfants et des adolescentEs de Nandaime dans laquelle ces jeunes ont présenté leurs problèmes et leurs besoins et ont déterminé les connaissances et capacités qu’ils doivent avoir pour faire face à l’adversité et profiter des occasions  que  le  milieu  leur offre.

C’est  un  projet  qui  vise  à  promouvoir  le  «développement  à  échelle humaine», qui n’est rien de plus que le développement basé sur les personnes et non pas sur les biens matériels.  Ce type de développement propose que toute personne humaine a les mêmes besoins, peu importe son pays d’origine.  Ce qui varie n’est que la manière de satisfaire ces besoins selon les opportunités du milieu.

Au moyen de cette trilogie (PIA), l’équipe du Centre Romero construit sa démarche dont l’objectif est de promouvoir le droit à la participation, de susciter la construction de l’identité et de parvenir à imprégner d’amour tous les liens sociaux qui se tissent autour des jeunes.  Jusqu’à ce jour, l’équipe du Centre Romero s’est dotée d’une méthodologie participative pour susciter le développement des habilités des groupes visés.  C’est là un projet audacieux d’autant plus que la jeunesse du Nicaragua se trouve confrontée à un nombre important d’obstacles qui empêchent son développement intégral tels que le chômage des parents, les migrations, la violence intrafamiliale et sexuelle, etc.

Cet outil d’intervention a permis et permet aux plus jeunes de sortir de ces espaces où s’établissent des relations de domination et d’oppression, de sortir d’un environnement froid où ne se manifestent pas les sentiments d’affection ou de respect, où se génère et se reproduit de façon naturelle la violence physique, mentale, verbale et émotionnelle; situations qui les mènent à la négation d’eux-mêmes et à l’impossibilité de se projeter dans le futur.

Cette expérience qui n’implique pas seulement les enfants et les adolescentEs de Nandaime, mais également les membres du Centre Romero et évidemment les alliéEs du Centre qui, depuis plusieurs années, nous accompagnent. Voilà la contribution de l’organisation qui est convaincue que, dans l’avenir, elle continuera à  susciter de nouvelles expériences qui feront surgir de nouvelles connaissances chez toutes et tous.

La théorie du développement à échelle humaine, en bref

La théorie du « développement à échelle humaine » a été développée par le Chilien Manfred Max-Neef, récipiendaire en 1983 du  Right Livelihood Award  (Prix Nobel alternatif) en économie. Pour Max-Neef, il existe neuf besoins humains incontournables, soit l’affection,  la créativité, la compréhension, l’identité, la liberté, la participation, la possibilité d’avoir du temps à soi, la protection et la subsistance.

Pour déterminer si un besoin a été satisfait ou non, il a défini une série de « satisfacteurs ». Or, selon Max-Neef, tous les satisfacteurs ne sont pas forcément adéquats : certains sont destructeurs, répresseurs ou ne constituent que des pseudo-réponses. Ce qui signifie qu’un besoin peut être satisfait au détriment d’un autre; la satisfaction d’un besoin dans une partie du monde peut se faire au détriment des populations d’une autre partie du monde.

Ainsi, tenter de bien comprendre la théorie de Max-Neef, c’est opter pour une analyse globale et critique de notre société, c’est-à-dire qui intègre des préoccupations économiques, politiques, culturelles, sociales et environnementales.

Voici une courte vidéo qui présente le PIA

Et si Maslow s’était trompé?

Les satisfacteurs

Dans la théorie du développement à échelle humaine, la satisfaction des besoins se situe dans une perspective plus large que la dimension matérielle ou la simple consommation. Les satisfacteurs se divisent en quatre catégories existentielles : « être », « avoir », « faire » et « ensemble dans l’action ».

Comme les besoins sont en interrelations, certains satisfacteurs, nous l’avons déjà dit, peuvent être destructeurs, répresseurs et constitués des pseudos-réponses.

Destructeurs : L’armement se veut une réponse au besoin de protection. Pourtant, la volonté d’armement d’un pays entraîne au niveau international une course aux armements, ce qui rend la sécurité plus précaire.

Répresseurs : Au nom de la liberté, les grandes transnationales justifie leur croissance et leur implantation dans divers territoires tout en ne tenant pas compte des populations locales, comme Shell et le mouvement des Ogonis.

Singuliers : Un programme d’approvisionnement alimentaire qui satisfait le besoin de subsistance, sans s’intéresser aux autres.

Pseudo-réponses : Ce satisfacteur rempli le besoin de manière incomplète et pour un très court laps de temps.

Des réponses adéquates

Afin qu’un satisfacteur réponde correctement au besoin, il doit être synergique. Autrement dit, le satisfacteur répond à un besoin tout en satisfaisant d’autres par la même occasion. Ces satisfacteur sont déterminés par la société civile ou générés par un État dans un processus de démocratie participative. Citons ainsi l’économie solidaire : elle répond au besoin de subsistance, mais elle favorise par la même occasion la participation, la créativité et la liberté.

La documentation consultée propose d’autres applications dont la compréhension des causes des conflits dans le monde, et surtout, un cadre pour orienter « l’aide au développement » dans le sens de l’auto-définition des besoins par les femmes, les jeunes et les hommes du Sud, dans un processus d’éducation populaire et d’action sociale. Mais qui plus est, le développement à l’échelle humaine est vu comme une alternative à un modèle économique et politique qui détruit la planète et qui étouffe les potentialités humaines.