Lettre de Santiago (29 octobre 2010)

Je vous disais que j’étais retenu au Québec pour des raisons de santé. En effet, j’ai tous les symptômes d’un cancer des os. Après avoir passé une batterie de tests, ce matin je suis allé voir un autre spécialiste. À l’accueil, il y a deux personnes : l’une avec un carton qui dit « Accueil », l’autre avec un carton qui dit « Greffe de Moelle ». C’est la seconde qui m’appela et prit mes cartes et prépara mon dossier. Je suis un peu surpris. Je me suis dit : « C’est donc grave mon affaire ». À côté, il y a une affiche : « Groupe Gestion de l’Anxiété ». Je me suis demandé : « Est-ce que je suis vraiment anxieux ? ».

En ce moment précis, je me sentais plutôt surpris. Oui, j’avais une certaine anxiété, mais elle venait des nouvelles du Centro Comunitario qui me disait que le Centro, à court terme, devra vendre la Garderie, fermer la bibliothèque et remercier 10 travailleurs-ses par manque d’argent. Je ne voyais pas les patientes sans cheveux qui s’animaient à côté de moi, ni les jeunes couples anxieux qui venaient aussi pour la première fois.

Se déroulait dans ma tête comme un film, plus de 20 ans de travail acharné au CC. 20 ans de formation de jeunes du barrio. De conférences à des groupes de stage. De visites au dépotoir. De formation et suivi des familles d’accueil des stagiaires.  Enfin, une longue suite de problèmes, de batailles contre les autorités qui voulaient fermer la radio et  le Centro.  Déceptions et encouragements, critiques et louanges, lourdeurs et espoirs. Tout ça pour en arriver là : fermer la moitié de nos services  par manque d’argent.

Mais à bien y penser, mon anxiété venait plus de mon incapacité d’avoir donné aux « AmiEs de Nandaime » la passion d’un réseau pilote unique, la passion d’une alliance entre mille jeunes du Québec donnant 30 sous par jour et finançant ainsi un Centro dirigé par des jeunes Nicas pour le futur de centaines d’autres jeunes du barrio.

Je rêvais qu’à partir du travail du réseau de la centaine d’AmiEs qui participent déjà à la campagne du 30 sous, le grand réseau des ex-stagiaires, comme un géant endormi,  s’était réveillé en sursaut et avait décidé de participer à notre grande aventure de développement local. Devant le chiffre magique de mille jeunes-participantEs-solidaires-entreprenantEs, « Tout le monde en parle » nous avait invitéEs et j’entendais Guy A. Lepage nous appeler pour entrer sur scène… mais je me suis réveillé et c’est la dame de l’accueil qui m’appelait  pour me dire qu’on s’était trompé, qu’il y avait trois Giroux dans la salle et que j’allais rencontrer un spécialiste et passer trois nouveaux examens pour confirmer si j’avais  besoin d’un traitement ou, simplement, d’un suivi.

La semaine prochaine je rencontre le spécialiste. Je vais vous revenir avec quelques nouvelles et une proposition pour Noël.

Abrazos. Santiago

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2 commentaires on "Lettre de Santiago (29 octobre 2010)"

  • floemailhot says

    Bonjour
    Je faisait partie du groupe de l’an passé du collège notre-dame de l’assomption et j’ai été ébranlée par les deux nouvelles.. Pour ce qui est du centre, il faut faire quelque chose ca n’a aucun sens que tout cela soit anéanti d’un seul coup… Magalie et moi sommes réellement sous le choc.. on essaye de trouver des solutions bref on vous en reparle aussitot que ca bouge de notre coté… si vous avez des idées svp dites le !!

    Lachez pas !!!

  • mag says

    Bonjour monsieur Giroux,
    je suis aussi venue l’hiver dernier,fevrier plus précisement, au Nicaragua avec Pierre Coté et Richard Grenier..je vous avais d’ailleurs écrite une lettre avant notre départ. Je tenais à vous dire que je vais enormement penser à vous en esperant que vous vous portez bien et comme l’a mentionné florence, nous nous devons de faire quelque chose pour le centre. Ce n’est pas vrai que nous allons restés assis, ici au Quebec, sans rien faire alors que nos amis du Sud vont peut être perdre quelque chose de très important dans leur vie, et dans la notre aussi depuis notre stage. Nous ferons notre possible pour réveiller le géant.

    Amicalement
    Magalie