Témoignage de Marine Sériès

Extrait du livre Stages internationaux : de l’illusion d’aider à la solidarité

Je tourne en rond devant ma feuille… comment décrire l’héritage de ces années de stage et d’implication en Amérique centrale… je vous ramène le syndrome de la page blanche et c’est cliché…

pourtant, mes doigts courent sur le clavier, fébriles et incertains, comme entraînés vers une multitude de chemins. Quand quelque chose laisse trop de traces en nous, c’est comme s’il ne laissait rien du tout…

Pour moi, cette expérience aura été le coup de dés signifi catif. Elle m’aura cueillie au sortir de l’enfance, à la tête, une fleur d’utopies qui ne demande qu’à rayonner, et au corps, une volonté d’appartenir à quelque chose de plus grand. Alors, des années plus tard, le principal héritage qui m’habite est une série de principes de vie et de « lutte ». Et je cherche à comprendre « commentconstruire ensemble? Comment lutter le mieux possible, avec ici ou avec ailleurs? ».

Je partage ici quelques-uns de ces principes, qui sont avant tout des idées sur le papier, un appel à la réfl exion et le résultat de superbes discussions entre amis à refaire le monde pour la ixième fois… à prendre avec un grain de sel et trois de poivre… Mon premier principe est celui du sourire : une lutte quelle qu’elle soit, doit rimer avec plaisir, car l’instant où l’on oublie de rire, on commence à se prendre au sérieux, et l’on perd les ailes que l’espoir nous avait prêtées…

Mon deuxième principe sera celui de l’union : un changement ne s’incarne pas dans une seule personne mais repose sur le potentiel de tous. Ainsi, en se basant sur une célébrissime théorie établissant que 1+1=3, le rêve commun qui émerge de quelques têtes peut déplacer des montagnes (au fi guré)… Mon troisième principe repose sur l’humanité : ce n’est pas tant le « mal » qui existe que la souffrance, la tristesse ou la peur… et les meilleures armes de combat contre ces maux sont l’écoute, l’humanité et l’amour (toujours l’amour)… parce qu’il existe quelque chose de défi nitivement semblable au creux de chacun et c’est là que reposent l’espoir et la vie…

Mon principe final (à ce jour) est la faculté de rêver : le rêve est une petite plante verte dans la tête de chaque personne… il faut l’arroser d’absurde, d’audace et de confi ance. Sinon, suffocante et vide d’utopies, la petite plante verte s’atrophie jusqu’à devenir un petit bout de chiffon sec dans un recoin du cerveau (triste, non?). Mais il n’est jamais trop tard (hé!)… et ce qui était mort peut renaître au printemps et redonner au centuple, nourrissant l’action, la guidant, pansant nos blessures et déclenchant l’enthousiasme.

Ce sont des pensées qui volent dans un esprit lunatique, exposées aux grands vents et aux tempêtes d’idées… que celles qui recèlent une parcelle de vérité perdurent… elles ont été conquises et reconquises mille et une fois par les voyageurs de l’esprit, et sont redécouvertes régulièrement lorsqu’elles habitent complètement le vécu de quelqu’un l’espace d’un instant (tout le monde peut redécouvrir l’Amérique!). Moi, elles me guident, me ramènent vers l’espoir et cela n’aurait possiblement jamais été possible si un jour je n’avais pas foulé la terre ocre d’un pays fier et obstiné dont les enfants aux cheveux sombres portent au fond des yeux la lourdeur d’un engrenage et la malice de l’espoir.

Marine a fait un premier stage à Nandaime en 2001. Elle était alors étudiante au Petit Séminaire de Québec. Elle y est retournée par la suite. Elle est actuellement organisatrice communautaire de profession. Son texte a été rédigé en mars 2008.

 

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