Bilan de l’année 2011-2012 et regard sur 2012-2013

Bilan de l’année 2011-2012 et regard sur 2012-2013

Le Groupe d’entraide international Spirale est un organisme de coeur. Pour y graviter depuis plusieurs années, je peux certifier que l’engagement des administrateurs et des administratrices, mais aussi de nos bénévoles, est sincère et provient d’un profond désir de solidarité et de justice sociale. C’est en ce sens que nous travaillons; c’est en ce sens que nous souhaitons développer l’organisme.

Texte de Louis-Philippe Lizotte

Retour sur l’année 2011-2012
Dans le rapport d’activités, vous trouverez les principaux événements de notre organisme entre le 1er août 2011 et le 31 juillet 2012. D’abord, ce fut une année record pour le nombre de stages et de jeunes ayant goûté à la solidarité Sud-Nord. Le bilan à cet égard est extrêmement positif et nous comptons poursuivre le travail pour initier les jeunes à la solidarité internationale. Nous aurons par ailleurs été en mesure de maintenir nos liens avec le Centre Romero à travers divers projets ponctuels, notamment le PIA et la radio communautaire. Ces projets structurants portent leurs fruits à Nandaime !

J’aimerais également souligner la solidarité que les sympathisants et sympathisantes de Spirale expriment au Québec. Cela prend diverses formes. En premier lieu, par des événements ponctuels tels que le brunch-bénéfice ou notre rendez-vous solidaire très riches en réflexions. En second lieu, par la sensibilisation du grand public, plus particulièrement par le biais de La Voz et la diffusion d’articles et de billets sur les médias sociaux. Et finalement, par l’expression de notre voix lorsque la solidarité est menacée par des lois restrictives telles que celle promulguée au printemps 2012 par le gouvernement provincial.

Le travail effectué cette année était résolument tourné vers l’avenir. Notre programme de formation s’est encore bonifié, nous avons clarifié nos statuts et règlements pour favoriser la participation de nos membres dans nos instances et avons poursuivi la réflexion sur le développement de l’organisme. Bref, nous poursuivons dans la lignée du plan d’action de deux ans adopté et regardons vers l’année du 25e anniversaire avec confiance.

Après 25 ans de solidarité : toujours plus de solidarité
Spirale entamera en 2013 sa 25e année de solidarité avec le Nicaragua. Ce sont 25 ans marqués par de nombreuses et belles réalisations qui servent aujourd’hui de fondations aux prochaines années. D’abord, un constat s’impose : la solidarité est toujours de mise et plus nécessaire que jamais. Elle prend diverses formes dans divers organismes et mouvements citoyens, tant au Québec qu’au Nicaragua ou ailleurs dans le monde. Mais avec 25 ans d’expérience en la matière, Spirale a toujours le désir de partager plus de solidarité et de faire profiter de son expérience en la matière.

Avec en tête la devise « Se découvrir solidaire », Spirale compte poursuivre l’expansion d’un programme de formation plus large et plus complet. La formule du stage à Nandaime demeure un élément phare de ce programme : la formule est éprouvée et gagnante. Il y a toutefois la volonté de mieux structurer et encadrer la formation prédépart. Grâce à la collaboration des responsables de groupe, les stagiaires réussissent déjà à retirer des réflexions personnelles riches et structurantes de leur expérience.

Nous croyons que notre programme a beaucoup à gagner en mettant en commun les activités pédagogiques prédépart et en encourageant le dialogue entre responsables sur celles-ci. Une façon également de soutenir les nouveaux responsables qui s’engagent pour une première fois dans un stage de ce type. Mais, le véritable défi se situe dans une offre de formation après-stage afin de permettre à ceux et celles qui désirent aller plus loin dans la voie de la solidarité de le faire. Cela implique un suivi plus systématique au retour des groupes, mais également la formation de nouveaux groupes. Cette offre sera à développer et à systématiser.

Si la voie de la solidarité est celle sur laquelle nous cheminons, c’est en toute cohérence que nous désirons le faire. D’abord, par la reconnaissance des initiatives solidaires de nos membres et de nos bénévoles. La vie associative de notre organisme est riche de cette solidarité et nous désirons cultiver davantage cette richesse. C’est pourquoi nous parlons depuis quelques années de créer des espaces de travail solidaires, des lieux d’expression de la solidarité qui facilitent la poursuite de notre mission. Ces espaces de collaboration doivent exister pour et par nos membres désirant exprimer leur solidarité envers le CCOAR, mais également envers le Québec.

La voix solidaire ne saurait non plus rester silencieuse. C’est pourquoi Spirale joindra les rangs de l’AQOCI cette année. Ce sera autant pour partager notre expertise que pour collaborer sur des projets et des campagnes plus larges. C’est avec cette volonté de favoriser l’éclosion d’une solidarité globale que nous nous engagerons et collaborerons avec d’autres organisations ayant des missions similaires à la nôtre.

Pour conclure, je ne peux que vous inviter à marcher avec nous dans cette direction, à maintenir votre flamme allumée pour un monde plus juste, pour un monde solidaire. Spirale ne relèvera pas ce défi seul, mais bien grâce aux efforts de tous et toutes. Que ce soit avec nous, au sein de Spirale, que ce soit avec une autre organisation ou un autre mouvement, c’est avec fierté que nous cheminerons ensemble sur la même voie solidaire. Nous ne serons jamais trop nombreux à le faire ; c’est pourquoi Spirale continuera à ce que chacune et chacune puisse « se découvrir solidaire. »

Louis-Philippe Lizotte, président de Spirale

Portraits sénégalais

Le Forum social mondial est le lieu par excellence des rencontres. C’est après tout l’objectif principal de l’événement : favoriser l’échange et le réseautage. Bon, dans le cadre du FSM, cela va de soi. Mais, il faut bien vivre un peu les valeurs du FSM au quotidien, alors j’en ai profité pour faire des rencontres en dehors des sentiers battus et balisés par le Forum. Ce sont ces rencontres que j’ai envie de partager avec vous, car elles permettent de mettre des visages sur le peuple sénégalais.

Mon ami Nestor, étudiant

Nestor, l’étudiant

Dernière journée du FSM, j’ai rendez-vous avec un ami sénégalais d’une amie québécoise. Ce qui signifie que j’attends ne sachant pas trop si je suis effectivement au bon point de rendez-vous et ne connaissant pas le visage de la personne que je vais rencontrer. C’est bruyant, achalandé et le soleil tape lorsqu’un étudiant m’aborde. C’était Nestor.

Il a 21 ans et étudie dans le programme de langue. Il apprend l’anglais, mais aussi des rudiments d’allemand. Nous avons discuté environ une heure et demie (il a attendu l’ami avec moi) sur divers sujets : politique, place des femmes, sexe…

Il a une petite amie, mais ce n’est pas son âme sœur. Il aurait aimé rencontrer une québécoise; apparemment, elles sont plus romantiques et fidèles à leur mari. Et elles sont plus exotiques évidemment. Il trouve toutefois que 27-28 ans, c’est beaucoup trop tard pour avoir des enfants. Et lorsque je lui ai dit que les femmes travaillaient et que les tâches ménagères étaient davantage partagées entre l’homme et la femme au Québec, il a semblé encore davantage hésitant. Il m’aura quand même promis d’aider son âme sœur au foyer lorsqu’il la marierait. Mais, il est perceptible que les rôles traditionnels des femmes et des hommes sont solidement implantés dans la société sénégalaise.

J’ai aussi abordé avec lui les questions liés à la santé sexuel et au port du condom surtout. Sujet légèrement tabou évidemment. Le port du condom n’est pas une pratique très courante chez les jeunes. Sauf que les campagnes de sensibilisation commencent à faire leur effet. Lui-même garde un condom au cas où… sans nécessairement penser à l’utiliser si le « cas » se présente. Dans le couple marié, le condom n’existe pas et n’est pas perçu comme nécessaire; ce sont pour les cœurs libres et volages seulement.

Niveau politique, il ne se mouille pas trop. Il trouve que le président Wade n’aurait pas dû construire l’immense statue qui surplombe Dakar (c’est effectivement gigantesque et couteux). Je le comprends, qui a envie de voir l’État dépenser autant sur ce type de projet, alors que l’électricité et l’accès à l’eau est difficile, qu’il manque de nourriture et que la pauvreté guette un peu tout le monde. L’impression qui est ressorti de ma discussion sur la politique avec Nestor, c’est que le fait politique ne se traduit pas tant sur un axe « gauche-droite » que sur la personnalité des personnes candidates.

À la fin, comme mon contact n’arrivait pas, il a réussi à me dégoter un cellulaire pour déterminer un nouveau rendez-vous. Ce qui a éventuellement fonctionné. Je lui dois une fière chandelle pour cela; autrement, je restais à poireauter sur place encore longtemps.

Le gérant du fast-food en face la mairie des Parcelles Assainies

Le samedi matin nous allions visiter une ONG situé dans la municipalité des Parcelles Assainies. Et ensuite, nous étions reçus par le maire lui-même. C’était instructif et intéressant. Mais, j’ai encore plus apprécié ma discussion avec le gérant du fast-food où nous avons commandé des sandwichs. Il était dans la fin trentaine environ. Comme nous attendions notre navette, je savais avoir le temps d’en apprendre un plus sur ce qui se passait dans cette banlieue de Dakar.

Encore une fois, je n’ai pas senti une forte implication politique de mon interlocuteur. Il s’est déclaré lui-même neutre et non partisan. Bref, il ne participe pas et ne connaît pas les structures de démocratie participative mises en place par le maire des Parcelles Assainies. Disons que M. le Maire a encore beaucoup de pain sur la planche à cet égard.

Malgré tout, cela n’empêche pas mon ami de se plaindre des problèmes d’électricité, d’eau et de pollution. Il aimerait aussi que le Gouvernement agisse sur le prix des denrées alimentaires qui l’a forcé à augmenter ses prix au fast-food. Les denrées alimentaires coûtent chères pour les poches sénégalaises.

Les discussions ont dévié sur une foule d’autres sujets : le froid au Québec (inconcevable), les danses au Sénégal, la famille et les affaires, la signification du nom du restaurant (c’était le nom du village du propriétaire) et une foule d’autres petites tranches de vie. Le tout était très relax, entre deux commandes et deux bouchées de sandwich.

J’ai oublié de lui demander son nom malheureusement.

Ali, le vendeur du Lac Rose

En après-midi, au Lac Rose, nous avions une petite heure à tuer avant de reprendre le chemin du retour. Un temps que j’aurai finalement passé à discuter avec Ali, vendeur, collectionneur et artiste. D’abord, je dois dire que j’ai été abordé par un nombre incalculable de vendeurs et que j’ai pris le temps

de discuté avec plusieurs avec plus ou moins de succès selon les circonstances. Mais avec Ali, c’était très bien. D’abord, il proposait effectivement des objets de meilleure qualité liés à la culture de diverses tribus africaines, mais ensuite il n’essayait pas de revenir constamment à la vente d’un des objets.

Le décors du Lac Rose

Ali était un fin connaisseur de l’histoire africaine et des tribus. Il est un peu l’équivalent d’un antiquaire chez nous. Il m’a énuméré les nombreuses tribus qui vivaient au Sénégal autrefois et m’a raconté les légendes associés aux divers masques et statuettes de son kiosque.

Il m’a semblé être relativement prospère. Son coin de vente est très bien situé pour accrocher les touristes. Comme il a aidé la propriétaire française du petit bar-terrasse à s’installer, elle lui a renvoyé l’ascenseur en lui permettant d’installer un petit kiosque pour ces objets. Son frère s’occupe d’un autre point de vente dans le marché non loin.

Nous avons beaucoup discuté de voyage et d’immigration. Ali est constamment en contact avec les touristes (comme moi dans le fond) qui viennent contempler le Lac Rose et ses montagnes de sel. Et il aimerait bien jouer les touristes lui aussi sur le sol européen notamment. Il a envie de découvrir la France, ses monuments et ses musées. Mais les tentatives d’obtenir un visa ont toujours été infructueuses. Pourtant, il n’a pas l’intention d’abandonner son coin de pays. Il est heureux et les affaires vont relativement bien pour lui. Je crois qu’il a les moyens de se payer un petit voyage.

Par rapport à la politique, il était sur la même longueur d’ondes que les autres. Pas de critiques ouvertes du Gouvernement actuel, mais pas une dévotion non plus. Et lui aussi subit les difficultés quotidiennes du pays. Il a hoché de la tête quand je lui ai dit que le Québec avait été au centre de scandales de corruption : « pareil, partout… ».

Au final, je n’ai pas été un bon client. Mais il était content de discuter avec moi ; il a fait des bons prix à d’autres membres de la délégation.

Malik le vendeur... Le seul qui a finalement réussi à me vendre une chemise.

Et les autres…

Et je pourrais vous parler de ma brève incursion dans la famille Ndoye, de ma rencontre avec les Malik, Aida, Aleo et tous les autres dont le nom m’échappe. Chaque personne a accepté de partager un peu de son quotidien en échange d’un peu du mien au Québec. C’est précieux de mettre des visages sur un peuple; on s’en souvient plus longtemps et surtout, on ne tombe pas dans la généralisation facile. Chaque rencontre démystifie les préjugés et nous permet d’approfondir notre connaissance des autres. Et on se rend compte que nous partageons des intérêts, des préoccupations, des espoirs similaires à ceux des autres. Tant mieux, un monde juste ne peut pas se construire seul…

Regard sur l’organisation du FSM2011

L’œil de l’organisateur en moi oblige, un petit bilan organisationnel du FSM 2011 s’impose. Car, mine de rien, l’aspect organisationnel est au  cœur de ce que nous vivons dans le cadre d’un événement. C’est souvent ce qui fait la différence entre une expérience extraordinaire et une belle expérience.

Malgré tout le plaisir que j’ai éprouvé lors du FSM, je ne peux pas qualifier l’organisation de franc succès. Trouver un atelier précis relevait davantage de la chance que d’autre chose, particulièrement les premiers jours. Au-delà de l’imbroglio causé par le nouveau recteur (j’y reviendrai), il était difficile de mettre la main sur le programme de la journée et de s’orienter sur le campus. Pendant l’ensemble du Forum j’ai trouvé le programme une seule fois en début de journée, autrement nous devions nous entasser devant les babillards parsemés ici et là pour en prendre connaissance. Souvent, il manquait des pages au programme affiché. Bref, trop de temps

était perdu à l’arrivée; je suis convaincu que les ateliers du matin auront souffert en termes de participation.

Bâtiment de l'université

Évidemment, la situation a été amplifiée par la décision du nouveau recteur de maintenir les classes. Bref, du jour au lendemain, les classes n‘étaient plus disponibles et le programme élaboré jusque là tombait à l’eau. À quelques jours de l’événement, c’est évidemment majeur. La confection d’un programme de presque 1000 ateliers est une opération complexe et minutieuse. De plus, ce type d’opération s’effectue mal à plusieurs et les ressources matérielles ou humaines n’augmentent pas comme par ma magie. Le comité organisateur  a dû travailler jour et nuit pour rétablir la situation un tant soit peu et y mettre de l’ordre. Après la première journée, il était clair toutefois que c’était trop tard.

Devant le fouillis causé par le recteur, il devenait plus simple d’outrepasser l’organisation tout simplement, de s’accaparer un lieu et de recruter des participantes et des participants qui déambulaient en quête d’un atelier.

Atelier dans une tente

Ce type de méthode fonctionne, mais se traduit par une atmosphère complètement différente. D’abord l’atelier regroupe des curieux et des curieuses, ce qui accroît les déplacements entre les ateliers. Nous écoutons les propos, puis sortons si le sujet ne nous intéresse pas. Bref, des conditions difficiles pour les oratrices et orateurs. Aussi, l’impact souhaité par notre atelier n’est pas maximiser ; attirer des gens certes, mais attiré des gens qui viennent spécifiquement vous voir, qui veulent établir des contacts et qui permettent d’approfondir une problématique est d’égale importance que de sensibiliser les autres et de les informer.

Là où l’organisation a toutefois réagit avec rapidité et brio, c’est par l’installation rapide de tentes pour remplacer les salles occupées par les étudiantes et les étudiants. Il aura fallu quelques heures à peine pour trouver de nouveaux espaces dans lequel tenir des ateliers. Un tel fait d’armes aurait été impossible ici à cause des réglementations en vigueur. Évidemment, une tente n’offre pas le même confort qu’une salle de classe ; il vente, c’est poussiéreux, ils plus difficile d’isoler le bruit de l’extérieur, il n’y a pas de tables pour la prise de notes… Malgré tout, il s’agit d’une réaction exemplaire pour pallier au problème de salles.

Les "villages" étaient colorés et achalandés

Le FSM ne se résume toutefois pas uniquement aux ateliers. C’est aussi le fourmillement continu des villages. C’est rapidement devenu le cœur du forum. Toutes ces tentes qui abritaient des organisations et des kiosques attiraient constamment une foule colorée. L’énergie qui se dégageait de ce flot constant de personnes en valait le coup. À ma connaissance, cet aspect était bien organisé et à apporter une valeur ajoutée importante à l’événement. D’abord, par la qualité des kiosques, leur multitude et leur pertinence, mais surtout par le constant pétillement qui y régnait. C’était un lieu où se retrouver, où faire des rencontres et où il était possible d’apprendre, de partager et de découvrir des initiatives concrètes.

Petit point négatif du Village peut-être, l’aire de restauration. La nourriture y était passable, mais souvent froide. De plus, j’ai eu l’occasion de discuter avec les femmes qui vendaient les plats, et celles-ci n’étaient pas satisfaites du roulement. Elles se sont vite fait concurrencer par les vendeurs et les vendeuses itinérantes. Grosso modo, elles devaient débourser pour l’équipement et l’emplacement dans les tentes et elles auront couverts leur frais, sans plus au terme du FSM, malgré leur travail en continu et l’espoir de récolter un peu d’argent pour leur organisation.

En somme, le FSM était parfait pour ceux et celles qui n’avaient pas d’attentes trop précises et qui ont l’habitude de se laisser porter par le courant. Pour les autres, qui ont tendance à planifier à l’avance ou qui avaient des objectifs précis, c’était une expérience plus frustrante. Le FSM, niveau organisationnel, sans être un échec, n’est pas non plus une réussite. Trop de personnes ont ouvertement exprimé leur déception pour que ce soit un succès retentissant.

Il est néanmoins possible de tirer des conclusions intéressantes de ce chaos positif. D’abord, cela a forcé le contact entre les gens pour glaner de l’information. Cela a parfois mené à des échanges intéressants qui n’auraient pas eu lieu autrement. L’espace informel m’apparaît d’ailleurs tout aussi crucial que l’espace formel. Une formule bien équilibrée qui permet de conjuguer ces deux types d’espace doit être développée. Les « villages » et le campement jeunesse jouent en partie ce rôle d’espaces libres et informels, mais il faut les exploiter encore davantage.

Je me permets de terminer en soulignant l’extrême gentillesse des bénévoles sur le site. Ils ont dû se faire poser un tas de questions, mais ils ont su garder le calme et le sourire tout au long de l’événement. En général, ceux-ci nous accompagnaient jusqu’à ce qu’on trouve le bâtiment recherché ! À ce niveau, rien à redire sur la qualité de l’accueil à la Sénégalaise; c’est véritablement le pays de la terranga.

L’ouverture : une valeur qui change le monde

Notre première activité s’est déroulée dans l’enceinte du YMCA-Sénégal. C’était avant même le début du Forum. Un premier contact riche avec le peuple sénégalais. Une première occasion d’échanger.

Le but de l’activité était de formuler une déclaration des jeunes. Sur la base de nos valeurs propres, quelles actions pouvons-nous poser pour changer le monde, pour construire un autre monde. La première étape : définir et justifier nos valeurs. Puis, un deuxième atelier s’est tenu pendant le forum pour définir nos actions soutenant nos valeurs.

Les deux exercices se sont déroulés sous la forme d’un forum ouvert, c’est-à-dire une discussion libre entre les personnes présentes et intéressées par le sujet discuté. Une formule toute simple qui nous a permis d’approfondir nos liens et notre réflexion commune. À un point tel qu’il me semble pertinent de revenir sur nos discussions et de les partager sur le blogue. Les lignes qui suivent sont le résumé de l’échange en deux temps qui s’est déroulé.

L’ouverture : une valeur qui change le monde

L’ouverture c’est la prise de conscience de l’autre et de sa réalité dans toute sa complexité. C’est une acceptation des différences physiques, de points de vue, de culture. C’est également la possibilité d’échanger et de construire sur ce qui nous rassemble plutôt que sur ce qui nous divise. C’est aussi le rejet des idées préconçues et des préjugés. C’est également être capable de se remettre en question constamment, d’adapter sa vision de l’autre et du monde en fonction des changements qui occurrent dans le monde. C’est accepter d’être dépassé, c’est accepter d’apprendre sans cesse et de recevoir des autres leurs expériences et connaissances.

L’ouverture changera le monde, car elle porte intrinsèquement la remise en question du monde actuel et l’acceptation d’un nouveau monde qui émergera des idées et des initiatives communes. Mais surtout, c’est une valeur qui rejette de facto les idéologies néolibérales et capitalistes. L’ouverture, c’est une brèche fondamentale dans un système oppressant, opaque et rigide.

Premièrement, l’ouverture n’existe pas sans les autres. C’est plus qu’admettre ou de considérer leur existence, c’est dialoguer et communiquer avec eux; c’est une compréhension mutuelle. L’ouverture s’oppose à l’individualisme de nos sociétés. Nous ne pouvons pas être ouverts et ouvertes si nous vivons dans une bulle aseptisée de tous contacts sociaux. Cette prise en considération de l’autre remet en question nos pratiques individuelles et mène vers des pratiques collectives. Un pas que nous devons franchir pour répondre aux défis environnementaux et sociaux de notre planète.

Deuxièmement, l’ouverture se partage équitablement. C’est dire que tout le monde est riche de sa propre expérience, de sa propre réalité.  C’est d’impliquer l’autre, peu importe sa réalité sociale, économique ou matérielle, dans les interventions menées qui le touchent. De plus, notre réalité propre se partage gratuitement et l’autre est libre d’y puiser et d’enrichir sa propre réalité pour peu qu’il se donne la peine d’écouter. Cette richesse est illimitée et elle appartient à tous et toutes sans exception. Être ouvert ou ouverte, c’est savoir l’utiliser et l’intégrer pour un monde meilleur.

Troisièmement, l’ouverture est la base du monde nouveau. C’est le rejet des petites cases dans lequel nous enfermons les autres. C’est la définition de nouvelles catégories et de nouveaux paradigmes sous lequel regarder, analyser et comprendre le monde. C’est une remise en question nécessaire pour jeter les bases d’un autre monde.  C’est la source de la créativité, c’est le choc des idées, c’est surtout l’émergence de nouvelles définitions et de nouvelles visions, constamment enrichies des réalités de tous et chacun. Sans ouverture, pas ou si peu de remise en question. Sans ouverture tellement de solutions et d’alternatives incomplètes qui laisseront en plan des populations entières. Sans ouverture, c’est une condamnation systématique de projets révolutionnaires et porteurs d’un monde meilleur.

Finalement, l’ouverture c’est la multiplication du nombre et le renforcement d’un mouvement inexorable. Si nous sommes ouverts, nous ne serons pas nécessairement d’accord, mais nous serons en mesure de s’entendre sur l’essentiel. C’est avoir le potentiel de porter nos revendications et nos aspirations ensembles. Il y a un potentiel de convergence important qui n’est possible que par le biais de l’ouverture. Que serait le Forum social mondial sans cette ouverture, cette capacité d’écoute et de compréhension que la majorité des participants et participantes affiche?

Être ouvert ou ouverte n’est pas si évident. Il faut accepter de revoir certaines de nos conceptions, il faut accepter la critique des autres, il faut douter constamment des réponses simplistes. C’est un travail exigeant, surtout dans le contexte d’une société de divertissement constant qui emprunte trop souvent les clichés pour définir le monde. Cela demeure néanmoins accessible pour peu qu’on veuille prendre la peine et le temps nécessaire de communiquer, discuter, d’échanger, de s’informer et creuser, de partager nos idées et d’accepter celles des autres. Les médias alternatifs et les médias sont riches en ce sens. Les jumelages interculturels, la libre circulation des personnes et des idées favorisent la déconstruction et la reconstruction de nos schèmes mentaux. L’éducation sans tabou ni censure est une priorité pour favoriser l’ouverture et offrir des cadres de débats sains et diversifier nos expériences et apprentissages.

Au terme des ateliers, la jeunesse s’est dite ouverte. Après les discussions tenues, j’en suis aussi convaincu, l’ouverture peut changer le monde !

***

Les autres valeurs retenues sont également très riches, mais ne pouvant me démultiplier, je relate l’ouverture. Mais, voici tout de même ce qui constitue les valeurs piliers de la déclaration jeunesse à venir : l’engagement, la responsabilité, la solidarité, l’ouverture et la créativité. Difficile d’être contre, espérons seulement que ces valeurs se vivent et se transmettent réellement, dans toutes les sphères de notre vie.

Errements solitaires dans un monde solidaire

Première journée d’ateliers au FSM 2011 de Dakar et nous voilà lâchéEs lousse dans le monde solidaire. Il n’a pas fallu plus d’une demie-heure avant que je ne perde de vue mes amiEs de la délégation et que je me retrouve à cheminer seul sur le site.

En fait, cela me convenait bien. Nous n’entrons pas dans le monde solidaire sans un minimum de précautions. Cela demande un peu de préparation et de méthode. Bref, une journée d’observation et de déambulements tranquilles au gré de sons et des éclats me convenaient parfaitement.

Mes objectifs de la journée étaient simples et raisonnables : découvrir le campus, m’imprégner de l’esprit du FSM et assister à quelques ateliers.

Le site du campus de l’université de Dakar est grand, même très grand. Les nombreux bâtiments qui abritent les facultés sont clairsemés sur tout le campus. La découverte du campus devra se poursuivre dans les prochains jours : j’ai cherché en vain une faculté toute la journée.

Néanmoins, pas une minute n’a été perdue. Chaque déplacement se révèle une aventure. Par les rencontres que l’on peut faire, par les animations qui éclatent soudainement, par les expositions multiples, par les ateliers en plein air… ou simplement par la vie du campus lui-même. Les étudiants et les étudiantes déambulent en bon nombre dans tous les recoins du site. Bref, les attractions ne manquent pas.

Quant à l’esprit du FSM, c’est un insaisissable. Il change de forme constamment : il passe du drame de l’oppression aux franches accolades, du rythme des tam-tams aux discours enflammés, de l’horreur à la joie… Le Sénégal n’est pas seul au rendez-vous des cultures : tous les continents se sont invités et ont amené dans leur bagage culture, langues étrangères et connaissances. L’esprit du FSM a tellement de facettes que je me résigne déjà à devoir faire des choix difficiles. En premier lieu parmi les ateliers…

Car, cet objectif au moins s’est réalisé. Je dois avouer que mes premières cibles n’ont pas été atteintes, mais cela ne m’a pas empêché d’y aller au gré du hasard et de tendre l’oreille sur les propos tenus dans les tentes érigées à la hâte pour les accueillir. J’ai pu ainsi m’attarder sur les problématiques haîtiennes et sur  les résistances de la société civile africaine. Ce dernier atelier, que j’ai suivi d’un bout à l’autre était extrêmement intéressant dans le propos et j’y ai découvert l’Afrique sous un tout nouvel angle. Les réflexions seront nombreuses au sein de la délégation dans les prochains jours avec cette qualité d’interventions !

En somme, mes errements solidaires sur le campus étaient au rythme du Sénégal. Un cheminement tranquille et sans pression sous un soleil radieux. Et il me semble que j’ai à peine soulevé un tout petit coin du voile du FSM 2011.

Ouverture du FSM : la Grande marche

Le Forum social mondial 2011 s’est ouvert au rythme de la musique et des slogans revendicateurs. Une grande marche comptant environ 100 000 personnes a lancé les festivité du FSM 2011. Inutile de vous dire que ce fut une véritable déferlante enthousiaste et énergique sur Dakar en ce 6 février.

Néanmoins, ce que je retiens de cette marche ne sont ni les paillettes, les pancartes, les autocollants, les drapeaux et autres revendications. Certes, la belle énergie et la fierté de défiler aux côtés de toutes les nationalités dans une vision commune du monde demeure une expérience particulière. Toutefois, ce qui alimente véritablement ma réflexion est l’impact de la marche sur les locaux.

À plusieurs occasions, le long du parcours, des Sénégalais et des Sénégalaises s’entassaient pour nous regarder défiler avec toutes nos couleurs. Les enfants comme les plus vieux semblaient se demander ce qui se passait.

Toutes les personnes présentes défendaient une cause ou une autre. Elles marchaient et savaient pourquoi. Mais, nos spectateurs et spectatrices devaient se poser des questions : pourquoi le droit des femmes côtoyait-il la cause environnementale, pourquoi les jeunes allait-il de cadence avec  les retraitéEs ? Dans tout ce flot de revendications, ces personnes percevaient-elles celles qui s’adressaient plus particulièrement à eux ? Celles de ces revendications qui militaient en faveur de l’amélioration de leur droit, de leur condition de vie, de leur santé et de leur éducation ?

Et pourquoi les toubabs étaient-ils présents en si grand nombre ? La mosaïque des manifestantes et manifestants avait-elle une signification à leurs yeux, ou était-ce simplement une curiosité ou une anomalie passagère ?

Il me plaît de croire que la marche du FSM est avant tout un message d’espoir aux excluEs qui nous ont regardé danser et crier. Un exemple de soutien et de solidarité qui a traversé les frontières un bref instant pour s’installer chez eux.

J’aime à penser également que la société civile sénégalaise aura des nouvelles recrues au terme de ce rassemblement, que cette démonstration a allumé une flamme chez eux, qu’il est possible, tous ensembles de changer le monde. Et cela pourrait bien être la plus grande valeur de cette marche : celle de renforcer et légitimer l’action sociale.

Cette une contribution aura, au final, une valeur inestimable. Elle assurera la pérennité de la lutte. Il ne s’agit pas de se galvaniser entre nous ou de simplement revendiquer auprès des oppresseurs, mais d’inviter les autres dans la marche. Après tout, ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à une telle démonstration de solidarité.

***

J’ai donné une entrevue à l’Associated Press après la marche. Je suis curieux de voir si mes propos seront repris… Une belle occasion de vérifier ce qui sera retenu de celle-ci !

«Attention, zone de turbulences »

Je me suis joins à la délégation du YMCA-UniAlter vers le Forum social mondial qui a lieu présentement à Dakar et j’ai décidé de bloguer mon expérience.

Ça y est, c’est le décollage ! Aussi confortablement installé que possible dans l’avion, nous quittons finalement Paris pour Dakar. Le bout du périple aérien s’achève enfin. Après , les heures de vol Montréal-Paris et les heures d’attente de transit, la terre africaine est toute proche.

«Attention, nous approchons une zone de turbulences. » Ces quelques mots me tirent de mon état somnolent. Nous bouclons nos ceintures et nous nous apprêtons à vivre les quelques secousses qui suivent.

Il ne croit pas si bien dire. Le FSM est une zone de turbulences permanentes. L’Afrique aussi aux yeux occidentaux. La seule différence peut-être, c’est que nous n’aurons pas de ceinture pour l’affronter.

C’est le choc des idées et des cultures qui provoquent les turbulences du FSM. On se remet en question ou sinon on se fera remettre en question. Les idées préconçues ne tiendront pas la route; on se fera brasser. Et on brassera certainement les autres. Normal, nos valeurs se confrontent, se mêlent, se complètent, s’embrasent et s’embrassent dans l’immense marmite du FSM.

On y ajoute quelques ingrédients constamment et on touille. De toute notre force de conviction. On y ajoute des soupçons d’expériences, des pincées de théories, des noix de confrontation pour le meilleur des mondes. Et on brasse… encore et encore… pour le meilleur.

Certains d’entre nous aurons peut-être le tournis au bout de quelques temps. On ne se fait pas brasser sans parfois ressentir un malaise. D’autres riront, enivrés par la vitesse et les fumets de la révolution des idées et des pensées. Tous changeront, c’est certain. Car, nous serons en contact avec les uns avec les autres.

Le FSM, c’est les échanges et les rencontres, C’est une énergie palpable et un enthousiasme contagieux. C’est une force vive, une ébullition constante. «Attention, zones de turbulences…» Enfin !

QUELQUES MOTS SUR LE DROIT Á LA LIBRE EXPRESSION (VI)

Il y a plusieurs annés de cela, j’ai vécu un stage d’immersion en anglais, à l’Université de Frédéricton. Expérience intéressante sans être pour autant bouleversante.  Read More »

UNE ORGANISATION AU STYLE PARTICULIER (v)

Je  ne  crois  pas  qu’il soit  exagéré  de  prétendre  que  la vie  du  Centre Romero  est  porteuse  d’un < quelque chose > qui sort de l’ordinaire.  Read More »

Sur le ton de la confidence : un visage d’une importance toute particulière…

Avant de venir á Nandaime pour la première fois, j’avais déjà entendu parler de Yessenia.  Compte tenu de ce qu’on m’avait dit, je croyais que j’allais rencontrer une femme d’âge mûr, ayant une longue expérience de la vie. Read More »